Tout ce que l’homme a généré
Frédéric Lamoth. Quel rapport y a-t-il entre Genève au temps des Burgondes et notre époque? Une constellation de fantômes et de fragments d’histoires: Orion , un roman très construit.
Durant le siècle obscur, à l’écroulement de l’Empire romain, le bout du lac Léman abritait la capitale des Burgondes. Point de départ inattendu pour Orion , le troisième roman de Frédéric Lamoth. Son narrateur rencontre un vieil homme presque aveugle dans le hall de l’hôtel Orion à Genève. Se présentant comme un professeur d’histoire à la retraite et guetté par la mort imminente, le vieillard se met à conter des fragments de civilisation barbare, d’histoires burgondes, de populations déplacées, de rois, de batailles et de fastes. Peu à peu se tisse une constellation de points clignotant dans ce lointain passé méconnu qui fascinent le narrateur. Une constellation qui, bien sûr, ne pouvait se révéler que dans le hall improbable de cet hôtel Orion.
Mais le vieil homme disparaît. Intrigué, notre narrateur va mener l’enquête sur ce passé burgonde, sur le vieux professeur, sur une femme mystérieuse qui passe. Très vite, Frédéric Lamoth s’emploie à déstabiliser le réel, à mettre en doute la réalité des clients de l’hôtel qui passent, l’existence même du vieux professeur. Insensiblement, le roman quitte le terrain strictement narratif pour se mettre à interroger l’Histoire, notre perception de l’Histoire et des histoires qui la constituent. Vertige.
«Mais tout ce que l’homme a généré par la pensée doit bien subsister et s’accumuler quelque part. Ses nostalgies, ses espoirs sont têtus et obstinés, ses effrois sont tenaces; ils ne peuvent l’accompagner ailleurs que dans ce monde.» Formule centrale du roman, et refus du fantomatique, de l’éthéré. Il faut forcer l’étrange. S’étant présenté comme écrivain et se piquant peu à peu au jeu, le narrateur d’ Orion réalise soudain qu’il n’a guère le choix désormais, après s’être approprié les récits et les maigres notes de son interlocuteur: «Je dois trouver l’issue. Le sens. La foi. La parole et l’écriture. Ne pas m’enliser dans le terrain vague de nos vies. Dans ce silence, rivage de la mort qui m’interroge, bouche bée.»
Histoire, nos histoires
Très construit – malgré des longueurs «historiques» perturbant quelque peu la lecture –, le roman de Frédéric Lamoth obéit à une heureuse gradation. De l’histoire étrange, des figures qui hantent le narrateur, il sait porter son propos en l’élargissant jusqu’à une fondamentale réflexion sur l’Histoire et nos histoires. Sur la transmission du savoir et le sens à lui donner, la foi à avoir pour écrire. Réinvention autant que dégagement du mystère. Jusqu’à clore son livre avec ces phrases inspirées: «N’oubliez pas, jeunes gens, que la vie tient à nos paroles inspirées, quelques notes improvisées, à nos élans qui débordent du cours du temps. Souvenez-vous que la vie passe par nos histoires, que notre histoire est un courant qui se perpétue.»
L’écriture, bien sûr
Au fond, mettant en abyme la figure du narrateur, ce jeune homme qui cherche à écrire un livre, Frédéric Lamoth convoque la problématique de l’écriture comme fondement culturel. Tels les points lumineux d’Orion, des textes clignotent et perpétuent nos histoires, en écho à l’Histoire.
Un livre à accompagner jusqu’au bout, dans ses méandres et les errances du narrateur, parfois touffues, pour saisir toute la profondeur de cette belle réflexion sur tout ce que nous avons généré. Sur le temps et l’impalpable fil de la vie.
Revue de presse3
Tout ce que l’homme a généré
Frédéric Lamoth. Quel rapport y a-t-il entre Genève au temps des Burgondes et notre époque? Une constellation de fantômes et de fragments d’histoires: Orion , un roman très construit.
Durant le siècle obscur, à l’écroulement de l’Empire romain, le bout du lac Léman abritait la capitale des Burgondes. Point de départ inattendu pour Orion , le troisième roman de Frédéric Lamoth. Son narrateur rencontre un vieil homme presque aveugle dans le hall de l’hôtel Orion à Genève. Se présentant comme un professeur d’histoire à la retraite et guetté par la mort imminente, le vieillard se met à conter des fragments de civilisation barbare, d’histoires burgondes, de populations déplacées, de rois, de batailles et de fastes. Peu à peu se tisse une constellation de points clignotant dans ce lointain passé méconnu qui fascinent le narrateur. Une constellation qui, bien sûr, ne pouvait se révéler que dans le hall improbable de cet hôtel Orion.
Mais le vieil homme disparaît. Intrigué, notre narrateur va mener l’enquête sur ce passé burgonde, sur le vieux professeur, sur une femme mystérieuse qui passe. Très vite, Frédéric Lamoth s’emploie à déstabiliser le réel, à mettre en doute la réalité des clients de l’hôtel qui passent, l’existence même du vieux professeur. Insensiblement, le roman quitte le terrain strictement narratif pour se mettre à interroger l’Histoire, notre perception de l’Histoire et des histoires qui la constituent. Vertige.
«Mais tout ce que l’homme a généré par la pensée doit bien subsister et s’accumuler quelque part. Ses nostalgies, ses espoirs sont têtus et obstinés, ses effrois sont tenaces; ils ne peuvent l’accompagner ailleurs que dans ce monde.» Formule centrale du roman, et refus du fantomatique, de l’éthéré. Il faut forcer l’étrange. S’étant présenté comme écrivain et se piquant peu à peu au jeu, le narrateur d’ Orion réalise soudain qu’il n’a guère le choix désormais, après s’être approprié les récits et les maigres notes de son interlocuteur: «Je dois trouver l’issue. Le sens. La foi. La parole et l’écriture. Ne pas m’enliser dans le terrain vague de nos vies. Dans ce silence, rivage de la mort qui m’interroge, bouche bée.»
Histoire, nos histoires
Très construit – malgré des longueurs «historiques» perturbant quelque peu la lecture –, le roman de Frédéric Lamoth obéit à une heureuse gradation. De l’histoire étrange, des figures qui hantent le narrateur, il sait porter son propos en l’élargissant jusqu’à une fondamentale réflexion sur l’Histoire et nos histoires. Sur la transmission du savoir et le sens à lui donner, la foi à avoir pour écrire. Réinvention autant que dégagement du mystère. Jusqu’à clore son livre avec ces phrases inspirées: «N’oubliez pas, jeunes gens, que la vie tient à nos paroles inspirées, quelques notes improvisées, à nos élans qui débordent du cours du temps. Souvenez-vous que la vie passe par nos histoires, que notre histoire est un courant qui se perpétue.»
L’écriture, bien sûr
Au fond, mettant en abyme la figure du narrateur, ce jeune homme qui cherche à écrire un livre, Frédéric Lamoth convoque la problématique de l’écriture comme fondement culturel. Tels les points lumineux d’Orion, des textes clignotent et perpétuent nos histoires, en écho à l’Histoire.
Un livre à accompagner jusqu’au bout, dans ses méandres et les errances du narrateur, parfois touffues, pour saisir toute la profondeur de cette belle réflexion sur tout ce que nous avons généré. Sur le temps et l’impalpable fil de la vie.
Du siècle obscur
Frédéric Lamoth dépoussière l’Histoire dans Orion.
De tous les textes de l’auteur vaudois Frédéric Lamoth se dégage une atmosphère de mystère lustré, que ce soit dans La Mort digne , premier roman remarqué relatant la marche, vers sa mort choisie, d’un militaire à la retraite, dans Les Sirènes de Budapest , où Lamoth s’appuyait sur ses origines pour raconter l’histoire des migrants hongrois de 1956, ou dans ce récent Orion . Robert Arnoul est un jeune homme qui se voudrait écrivain, mais a bien peur de n’avoir rien à dire. Son existence prend une tout autre tournure lorsqu’il rencontre Bertrand Droz, ancien professeur et spécialiste du «siècle obscur», cette période charnière entre la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Âge. «Singulier voyageur» logeant à l’Hôtel Orion, à Genève, il confie des morceaux de sa vie à Arnoul, sous forme d’anecdotes, de légendes, de fragments de cours. Orion est un roman mêlant fresques et portraits colorés, dont l’intelligence de la construction parvient à emporter le lecteur dans un sujet qui, selon les mots de Droz, «n’intéresse plus personne». Mais c’est que l’Histoire, ici, se dépoussière, devient mythique et légendaire, pour trouver enfin un écho dans notre présent.
Du siècle obscur
Frédéric Lamoth dépoussière l’Histoire dans Orion.
De tous les textes de l’auteur vaudois Frédéric Lamoth se dégage une atmosphère de mystère lustré, que ce soit dans La Mort digne , premier roman remarqué relatant la marche, vers sa mort choisie, d’un militaire à la retraite, dans Les Sirènes de Budapest , où Lamoth s’appuyait sur ses origines pour raconter l’histoire des migrants hongrois de 1956, ou dans ce récent Orion . Robert Arnoul est un jeune homme qui se voudrait écrivain, mais a bien peur de n’avoir rien à dire. Son existence prend une tout autre tournure lorsqu’il rencontre Bertrand Droz, ancien professeur et spécialiste du «siècle obscur», cette période charnière entre la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Âge. «Singulier voyageur» logeant à l’Hôtel Orion, à Genève, il confie des morceaux de sa vie à Arnoul, sous forme d’anecdotes, de légendes, de fragments de cours. Orion est un roman mêlant fresques et portraits colorés, dont l’intelligence de la construction parvient à emporter le lecteur dans un sujet qui, selon les mots de Droz, «n’intéresse plus personne». Mais c’est que l’Histoire, ici, se dépoussière, devient mythique et légendaire, pour trouver enfin un écho dans notre présent.
Orion
Orion est un petit hôtel de Genève. Il y défile des personnages indéfinis, fugaces et indifférents. On se demande s’ils existent ou si ce sont des fantômes, comme par exemple ce mystérieux professeur aveugle qui abandonne en guise de testament des extraits de textes anciens.
Un écrivain assiste à la vie de l’hôtel et s’essaie à en construire l’histoire à partir de quelques-uns de ses personnages. Cela nous vaut d’intéressantes séquences sur l’ancienne ville de Genève, quand elle était la capitale des Burgondes et que des légions oubliées la défendaient contre ses ennemis.
Petit à petit, l’histoire se construit, à mi-chemin entre le rêve et la réalité, entre les vivants et les fantômes.
Orion
Orion est un petit hôtel de Genève. Il y défile des personnages indéfinis, fugaces et indifférents. On se demande s’ils existent ou si ce sont des fantômes, comme par exemple ce mystérieux professeur aveugle qui abandonne en guise de testament des extraits de textes anciens.
Un écrivain assiste à la vie de l’hôtel et s’essaie à en construire l’histoire à partir de quelques-uns de ses personnages. Cela nous vaut d’intéressantes séquences sur l’ancienne ville de Genève, quand elle était la capitale des Burgondes et que des légions oubliées la défendaient contre ses ennemis.
Petit à petit, l’histoire se construit, à mi-chemin entre le rêve et la réalité, entre les vivants et les fantômes.