Prix Georges-Nicole Nyon, le 24 avril 2010
Permettez-moi ces quelques mots pour saluer notre lauréate Anne-Claire Decorvet, la remercier de s’inscrire dans la tradition de ce Prix dont Mme Monique Boss vient de situer l’origine, et lui souhaiter bonne plume — comme on dit communément bon vent.
L’institution du Prix Georges-Nicole est à la fois singulière, tenace et fragile.
Elle est singulière parce qu’elle met une mémoire en état de persistance. Comme on vient de l’évoquer, le Prix Georges-Nicole est né voici quarante ans (et moins de poussières que de fleurs) en souvenir d’une trace dessinée dans le paysage littéraire romand. La trace de Georges Nicole, donc, mort dix ans plus tôt, qui avait rayonné d’une attention suffisamment vive pour faire naître au public une poignée d’écrivains importants tel Maurice Chappaz.
L’institution du Prix Georges-Nicole est aussi tenace — parce que le Prix Georges-Nicole, établi dans l’espace culturel de Suisse romande par ses premiers animateurs (Maurice Chappaz, Bertil Galland, Jacques Chessex, Alexandre Voisard, Jean-Pierre Monnier et Nicolas Bouvier), repose sur des procédures parfaitement rodées. Elles se situent à l’orée du rituel mais sont bien plus joyeuses, qui placent tous les trois ans les membres de son jury face à des amoncellements de manuscrits à sélectionner progressivement jusqu’au meilleur aux yeux de sa majorité.
Le Prix Georges-Nicole est enfin somptueusement fragile parce que notre époque est pour le verbe un cruel champ de bataille. Il est infiniment délicat de déceler puis de faire advenir une parole neuve dans le langage pléthorique et multiforme qui nous environne aujourd’hui. En cela l’institution du Prix Georges-Nicole relève depuis quelques années, suivant le point de vue qu’on adopte, du rêve ou du fantasme — ou, à l’inverse, de la vaillance désespérée.
En habit de folie , le manuscrit qu’a retenu le jury du Prix Georges-Nicole, voyage exactement dans ces paysages-là. Placés face au miroir de ces récits brefs, nous voici revêtus de délires innombrables qui nous désignent les uns aux autres et nous agrègent au sein des sociétés modernes — tandis qu’à l’intérieur, dans les capsules de notre corps et de notre esprit, c’est plus compliqué.
Ainsi peut-on jouer malicieusement sur les mots pour prétendre qu’Anne-Claire Decorvet mériterait le Prix Gore-Nicole plutôt que le Prix Georges-Nicole — «gore» signifiant à partir de l’anglais «Qui suscite l'épouvante par le sang abondamment versé», et désignant à partir de là tout un pan des productions cinématographiques et littéraires ambiantes.
Elle embrasse en effet des matériaux dont la littérature en Suisse romande s’est jusqu’ici largement débarrassée — à de minimes exceptions près. Elle explore la ville criblée de caméras de surveillance. Elle déroule la vie des immeubles locatifs dynamitée par des tensions irrémédiables. Elle saisit tout ce monde contemporain grouillant de chiens qui virent à l’humain ou d’humains virant au chien, de sacs à commissions remplis de quotidienneté dépressogène, et de ces comportements brutaux que les foules en grumeau confondent insensiblement avec la norme.
C’est un exercice périlleux. Il pourrait tourner à la confusion criarde. Il faut qu’une forme précise le tienne. Par bonheur les textes d’Anne-Claire Decorvet sont liés par une écriture énergique et libre, marquée par un agencement précis des termes et des phrases qui transforme ces derniers en projectiles et leur permet de trouer la couche descriptive.
À les lire nous percevons alors la souffrance vertigineuse et pourtant refoulée de notre monde où les désirs nous empoignent avant de nous muer en machines, où les «je» sensibles se fondent dans le «ils» collectif aveugle et où les épieurs ont parfois besoin d’être épiés pour éprouver la sensation d’exister — en conséquence parfois déjantée du principe annoncé par Dürrenmatt évoquant la Suisse, dans son Discours pour Václav Havel prononcé le 29 septembre 1990, comme le pays de la liberté dans la mesure où chacun s’y pense geôlier de son voisin.
Bien sûr, au fil des textes proposés par Anne-Claire Decorvet, le lecteur pourra juger flottant l’agencement de ces deux mécaniques — je veux dire la narrative et l’essayiste. Il aura parfois raison, mais ses doutes ne déborderont pas le cadre de sa bataille avec l’auteur, qui le relancera nécessairement à force de style et de façons abruptes.
Tenez, ces quatre lignes tirées de «Bestiaire»: «La verrière autour de ton balcon te protège, aquarium où tu évolues à l’aise et sans effort, bien loin du porche insoutenable et des miroirs en biseau. Mais parfois le verre teinté te renvoie ce reflet qui te déplaît, tu fermes alors les yeux. Car à vivre ainsi tranquille tu as franchi la barre des deux cents kilos.»
Les meilleurs délits sont toujours excellemment dissimulés. Il faut ici remercier l’éditeur Bernard Campiche d’avoir accueilli (comme il le fait depuis longtemps) le manuscrit retenu par le jury du Prix Georges-Nicole — et de lui avoir donné, comme on dit dans la jungle urbaine et dans les milieux de l’édition, la plus accomplie des couvertures.
Permettez-moi enfin qu’au-delà d’Anne-Claire Decorvet je salue toutes celles et ceux qui furent ses pairs dans le moment même du concours. Je veux dire la centaine des auteurs qui nous ont fait parvenir leur manuscrit, et qui l’ont au fond désignée sans en avoir l’air en faisant concourir leur propre parole avec la sienne, jusqu’à porter celle-ci dans ce livre et dans les autres à venir. Que tous continuent — c’est le vœu.
Je vous remercie.
En habit de folie
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Revue de presse8
Prix Georges-Nicole
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Prix Georges-Nicole Nyon, le 24 avril 2010
Permettez-moi ces quelques mots pour saluer notre lauréate Anne-Claire Decorvet, la remercier de s’inscrire dans la tradition de ce Prix dont Mme Monique Boss vient de situer l’origine, et lui souhaiter bonne plume — comme on dit communément bon vent.
L’institution du Prix Georges-Nicole est à la fois singulière, tenace et fragile.
Elle est singulière parce qu’elle met une mémoire en état de persistance. Comme on vient de l’évoquer, le Prix Georges-Nicole est né voici quarante ans (et moins de poussières que de fleurs) en souvenir d’une trace dessinée dans le paysage littéraire romand. La trace de Georges Nicole, donc, mort dix ans plus tôt, qui avait rayonné d’une attention suffisamment vive pour faire naître au public une poignée d’écrivains importants tel Maurice Chappaz.
L’institution du Prix Georges-Nicole est aussi tenace — parce que le Prix Georges-Nicole, établi dans l’espace culturel de Suisse romande par ses premiers animateurs (Maurice Chappaz, Bertil Galland, Jacques Chessex, Alexandre Voisard, Jean-Pierre Monnier et Nicolas Bouvier), repose sur des procédures parfaitement rodées. Elles se situent à l’orée du rituel mais sont bien plus joyeuses, qui placent tous les trois ans les membres de son jury face à des amoncellements de manuscrits à sélectionner progressivement jusqu’au meilleur aux yeux de sa majorité.
Le Prix Georges-Nicole est enfin somptueusement fragile parce que notre époque est pour le verbe un cruel champ de bataille. Il est infiniment délicat de déceler puis de faire advenir une parole neuve dans le langage pléthorique et multiforme qui nous environne aujourd’hui. En cela l’institution du Prix Georges-Nicole relève depuis quelques années, suivant le point de vue qu’on adopte, du rêve ou du fantasme — ou, à l’inverse, de la vaillance désespérée.
En habit de folie , le manuscrit qu’a retenu le jury du Prix Georges-Nicole, voyage exactement dans ces paysages-là. Placés face au miroir de ces récits brefs, nous voici revêtus de délires innombrables qui nous désignent les uns aux autres et nous agrègent au sein des sociétés modernes — tandis qu’à l’intérieur, dans les capsules de notre corps et de notre esprit, c’est plus compliqué.
Ainsi peut-on jouer malicieusement sur les mots pour prétendre qu’Anne-Claire Decorvet mériterait le Prix Gore-Nicole plutôt que le Prix Georges-Nicole — «gore» signifiant à partir de l’anglais «Qui suscite l'épouvante par le sang abondamment versé», et désignant à partir de là tout un pan des productions cinématographiques et littéraires ambiantes.
Elle embrasse en effet des matériaux dont la littérature en Suisse romande s’est jusqu’ici largement débarrassée — à de minimes exceptions près. Elle explore la ville criblée de caméras de surveillance. Elle déroule la vie des immeubles locatifs dynamitée par des tensions irrémédiables. Elle saisit tout ce monde contemporain grouillant de chiens qui virent à l’humain ou d’humains virant au chien, de sacs à commissions remplis de quotidienneté dépressogène, et de ces comportements brutaux que les foules en grumeau confondent insensiblement avec la norme.
C’est un exercice périlleux. Il pourrait tourner à la confusion criarde. Il faut qu’une forme précise le tienne. Par bonheur les textes d’Anne-Claire Decorvet sont liés par une écriture énergique et libre, marquée par un agencement précis des termes et des phrases qui transforme ces derniers en projectiles et leur permet de trouer la couche descriptive.
À les lire nous percevons alors la souffrance vertigineuse et pourtant refoulée de notre monde où les désirs nous empoignent avant de nous muer en machines, où les «je» sensibles se fondent dans le «ils» collectif aveugle et où les épieurs ont parfois besoin d’être épiés pour éprouver la sensation d’exister — en conséquence parfois déjantée du principe annoncé par Dürrenmatt évoquant la Suisse, dans son Discours pour Václav Havel prononcé le 29 septembre 1990, comme le pays de la liberté dans la mesure où chacun s’y pense geôlier de son voisin.
Bien sûr, au fil des textes proposés par Anne-Claire Decorvet, le lecteur pourra juger flottant l’agencement de ces deux mécaniques — je veux dire la narrative et l’essayiste. Il aura parfois raison, mais ses doutes ne déborderont pas le cadre de sa bataille avec l’auteur, qui le relancera nécessairement à force de style et de façons abruptes.
Tenez, ces quatre lignes tirées de «Bestiaire»: «La verrière autour de ton balcon te protège, aquarium où tu évolues à l’aise et sans effort, bien loin du porche insoutenable et des miroirs en biseau. Mais parfois le verre teinté te renvoie ce reflet qui te déplaît, tu fermes alors les yeux. Car à vivre ainsi tranquille tu as franchi la barre des deux cents kilos.»
Les meilleurs délits sont toujours excellemment dissimulés. Il faut ici remercier l’éditeur Bernard Campiche d’avoir accueilli (comme il le fait depuis longtemps) le manuscrit retenu par le jury du Prix Georges-Nicole — et de lui avoir donné, comme on dit dans la jungle urbaine et dans les milieux de l’édition, la plus accomplie des couvertures.
Permettez-moi enfin qu’au-delà d’Anne-Claire Decorvet je salue toutes celles et ceux qui furent ses pairs dans le moment même du concours. Je veux dire la centaine des auteurs qui nous ont fait parvenir leur manuscrit, et qui l’ont au fond désignée sans en avoir l’air en faisant concourir leur propre parole avec la sienne, jusqu’à porter celle-ci dans ce livre et dans les autres à venir. Que tous continuent — c’est le vœu.
Je vous remercie.
Prix Georges-Nicole
Le Prix Nicole à des nouvelles en folie
La Genevoise Anne-Claire Decorvet est la lauréate du Prix Georges-Nicole 2010. Son recueil de nouvelles marque la naissance d’une auteure précise et ironique.
Chaque remise du Prix Georges-Nicole correspond à la naissance d’un écrivain en Suisse romande, puisqu’il récompense le manuscrit d’un auteur jamais publié encore. Décerné pour la onzième fois par son jury composé entre autres de Bertil Galland, Christophe Gallaz, Sylviane Roche ou Daniel de Roulet, il récompense cette année En habit de folie , un recueil de nouvelles signé d’une enseignante genevoise, Anne-Claire Decorvet. Belle surprise: les récits sont originaux, le style habité, étrange et limpide à souhait.
On y rencontre un étudiant qui est engagé comme surveillant derrière les caméras de la gare, et devient fou; une concierge qui se bat contre une odeur pernicieuse refusant de quitter son immeuble, alors que la locataire du sixième n’a pas réapparu depuis des mois; un couple qui change de lit sans pour autant que les fantômes de l’ancien lit semblent avoir quitté la chambre à coucher et la vie de la femme, malade de jalousie face à un passé qu’elle ne contrôle pas; un infirmier qui souhaite devenir assistant sexuel mais dont personne ne comprend la démarche, surtout pas sa compagne, qui refuse de le laisser faire du bien à d’autres qu’elle; une femme qui ne pardonne pas à son mari de lui avoir acheté un nouveau congélateur, jetant avec l’ancien quinze années de vie commune et par la même occasion le secret qu’elle y cachait, un bébé étouffé à la naissance.
À chaque nouvelle, la folie rôde, faisant irruption dans les histoires de héros quotidiens qui nous ressemblent avec insistance. Précises, épurées, tendues et inquiètes, les phrases ne lâchent pas leur proie. Un régal.
Prix Georges-Nicole
Le Prix Nicole à des nouvelles en folie
La Genevoise Anne-Claire Decorvet est la lauréate du Prix Georges-Nicole 2010. Son recueil de nouvelles marque la naissance d’une auteure précise et ironique.
Chaque remise du Prix Georges-Nicole correspond à la naissance d’un écrivain en Suisse romande, puisqu’il récompense le manuscrit d’un auteur jamais publié encore. Décerné pour la onzième fois par son jury composé entre autres de Bertil Galland, Christophe Gallaz, Sylviane Roche ou Daniel de Roulet, il récompense cette année En habit de folie , un recueil de nouvelles signé d’une enseignante genevoise, Anne-Claire Decorvet. Belle surprise: les récits sont originaux, le style habité, étrange et limpide à souhait.
On y rencontre un étudiant qui est engagé comme surveillant derrière les caméras de la gare, et devient fou; une concierge qui se bat contre une odeur pernicieuse refusant de quitter son immeuble, alors que la locataire du sixième n’a pas réapparu depuis des mois; un couple qui change de lit sans pour autant que les fantômes de l’ancien lit semblent avoir quitté la chambre à coucher et la vie de la femme, malade de jalousie face à un passé qu’elle ne contrôle pas; un infirmier qui souhaite devenir assistant sexuel mais dont personne ne comprend la démarche, surtout pas sa compagne, qui refuse de le laisser faire du bien à d’autres qu’elle; une femme qui ne pardonne pas à son mari de lui avoir acheté un nouveau congélateur, jetant avec l’ancien quinze années de vie commune et par la même occasion le secret qu’elle y cachait, un bébé étouffé à la naissance.
À chaque nouvelle, la folie rôde, faisant irruption dans les histoires de héros quotidiens qui nous ressemblent avec insistance. Précises, épurées, tendues et inquiètes, les phrases ne lâchent pas leur proie. Un régal.
Prix Georges-Nicole
Un étudiant en médecine a besoin d’argent. Il trouve un boulot de planqué: vidéo-surveiller ce qui se passe dans la gare, c’est-à-dire balayer un écran, débusquer une attitude ambiguë, signaler les bizarreries. Le narrateur adore plonger dans cet univers fascinant. Les types qui bossent avec lui tuent le temps à coups de bières et de cacahuètes. Il y a parfois des incidents: un homme s’effondre, une gamine coincée dans l’escalator, un couteau brandi, un molosse sans muselière. On passe allègrement du bureau de vidéo-surveillance à la chambre à coucher. C’est que la compagne du narrateur commence à trouver le temps long. Son compagnon n’est plus aussi attentif à elle. Il se sent observé, suivi, surveillé par un juge impitoyable. Il se crispe, mate les filles qui font pipi dans les toilettes publiques. Il sent la caméra s’enclencher quand il fait l’amour à sa compagne qui ne le reconnaît plus. Il finit par la cogner, sa copine qui va faire sa valise. Il ne veut surtout pas retourner à son existence terne d’étudiant en médecine. Il préfère désormais les écrans. Celui qui dit JE devient IL. Un Il qui devient cinglé, fracasse le crâne d’un collègue. Un Il qui finira psychiatre.
La chute est inattendue et drôle. Ce qui intéresse Decorvet, c’est le marigot où grouillent les pulsions inavouables, c’est l’intimité des êtres où l’enfer s’élabore, c’est la parade sans grandeur des égoïsmes rancis. Le récit «Sous surveillance» est habilement mené. Sa lecture ne laisse pas indifférent. On comprend pourquoi Anne-Claire Decorvet a choisi pour son premier recueil de nouvelles ce titre que je trouve très beau: En habit de folie .
Blog d’
Prix Georges-Nicole
Un étudiant en médecine a besoin d’argent. Il trouve un boulot de planqué: vidéo-surveiller ce qui se passe dans la gare, c’est-à-dire balayer un écran, débusquer une attitude ambiguë, signaler les bizarreries. Le narrateur adore plonger dans cet univers fascinant. Les types qui bossent avec lui tuent le temps à coups de bières et de cacahuètes. Il y a parfois des incidents: un homme s’effondre, une gamine coincée dans l’escalator, un couteau brandi, un molosse sans muselière. On passe allègrement du bureau de vidéo-surveillance à la chambre à coucher. C’est que la compagne du narrateur commence à trouver le temps long. Son compagnon n’est plus aussi attentif à elle. Il se sent observé, suivi, surveillé par un juge impitoyable. Il se crispe, mate les filles qui font pipi dans les toilettes publiques. Il sent la caméra s’enclencher quand il fait l’amour à sa compagne qui ne le reconnaît plus. Il finit par la cogner, sa copine qui va faire sa valise. Il ne veut surtout pas retourner à son existence terne d’étudiant en médecine. Il préfère désormais les écrans. Celui qui dit JE devient IL. Un Il qui devient cinglé, fracasse le crâne d’un collègue. Un Il qui finira psychiatre.
La chute est inattendue et drôle. Ce qui intéresse Decorvet, c’est le marigot où grouillent les pulsions inavouables, c’est l’intimité des êtres où l’enfer s’élabore, c’est la parade sans grandeur des égoïsmes rancis. Le récit «Sous surveillance» est habilement mené. Sa lecture ne laisse pas indifférent. On comprend pourquoi Anne-Claire Decorvet a choisi pour son premier recueil de nouvelles ce titre que je trouve très beau: En habit de folie .
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Prix Georges-Nicole
Prix Georges-Nicole 2010, En habit de folie est un recueil de nouvelles qui révèle Anne-Claire Decorvet, enseignante genevoise dont c’est le premier livre publié. Recueil habilement construit puisque toutes les trajectoires des personnages divers et variés passent à un moment ou à un autre par le parc Manson. Un lieu qui enregistre brièvement la folie de chacune et chacun. Car, chez Anne-Claire Decorvet, tout le monde est fou. Folie douce ou furieuse, larvée, psychose, elle détermine véritablement nos vies. Mais souvent de façon sournoise. En cela, la première nouvelle, «Sous surveillance», est particulièrement frappante. Ou comment un jeune étudiant deviendra fou à force de travailler à la télésurveillance d’une gare, avant de devenir… psychiatre. Anne-Claire Decorvet, une plume prometteuse.
Prix Georges-Nicole
Prix Georges-Nicole 2010, En habit de folie est un recueil de nouvelles qui révèle Anne-Claire Decorvet, enseignante genevoise dont c’est le premier livre publié. Recueil habilement construit puisque toutes les trajectoires des personnages divers et variés passent à un moment ou à un autre par le parc Manson. Un lieu qui enregistre brièvement la folie de chacune et chacun. Car, chez Anne-Claire Decorvet, tout le monde est fou. Folie douce ou furieuse, larvée, psychose, elle détermine véritablement nos vies. Mais souvent de façon sournoise. En cela, la première nouvelle, «Sous surveillance», est particulièrement frappante. Ou comment un jeune étudiant deviendra fou à force de travailler à la télésurveillance d’une gare, avant de devenir… psychiatre. Anne-Claire Decorvet, une plume prometteuse.
Prix Georges-Nicole
Anne-Claire Decorvet a décroché le Prix Georges-Nicole avec ce recueil de nouvelles
Joli coup pour Anne-Claire Decorvet qui a décroché cette année le Prix Georges-Nicole. Ce prix destiné à des débutants prometteurs récompense En habit de folie , un recueil de neufs nouvelles paru chez Campiche et habillé d’une folie qui n’a rien du tout d’une folie gaie et primesautière. Bien loin de là. Il s’agit au contraire d’une folie trouble, vénéneuse et le plus souvent terrifiante.
Trancher dans les chairs
Pas de quartier, donc. Pour ces premiers textes, Anne-Claire Decorvet a choisi de trancher dans les chairs, de remuer les remugles, de se jouer cruellement de ses personnages, d’explorer les recoins les moins ragoûtants de l’univers humain. Le vomi se mêle aux larmes, au sperme et au sang sous sa plume incisive.
L’auteure puise sa matière directement dans les faits divers ou les faits de société inquiétants qui flottent autour de nous: enfants congelés, assistants sexuels, vidéosurveillance, addictions, dédoublements de la personnalité, famille perverse, jalousie, inceste, avortement: «Ça pue l’éther, ça sent la mort au fond du couloir blanc. Voie sans issue, sortie barrée. Silence.»
Ses intrigues distillent leur poison l’air de rien. Habillées de vernis lisse, ces histoires ne laissent entrevoir que peu à peu, ou tout à coup, l’horreur. Ou alors, elles choisissent d’empiler les drames jusqu’à l’écœurement ajoutant, par exemple, aux tourments d’une jeune fille qui vient d’avorter, le mutisme familial, la dispute des parents, l’attrait trouble du père pour les filles de son âge, le tout couronné par l’indifférence et le mépris général. Anne-Claire Decorvet ne fait pas dans la dentelle, en rajoute: meurtre inconscient, vengeance sourde, l’effroi rôde dans ses phrases claires, bien envoyées.
On aurait tort de se reposer dans les petites fenêtres poétiques que l’auteure entrouvre parfois – «son rire comme un grelot, elle s’ébroue tandis que de son manteau mouillé fusent les grêlons qui roulent à terre avec un bruit de billes». Car le pire est toujours à venir.
Prix Georges-Nicole
Anne-Claire Decorvet a décroché le Prix Georges-Nicole avec ce recueil de nouvelles
Joli coup pour Anne-Claire Decorvet qui a décroché cette année le Prix Georges-Nicole. Ce prix destiné à des débutants prometteurs récompense En habit de folie , un recueil de neufs nouvelles paru chez Campiche et habillé d’une folie qui n’a rien du tout d’une folie gaie et primesautière. Bien loin de là. Il s’agit au contraire d’une folie trouble, vénéneuse et le plus souvent terrifiante.
Trancher dans les chairs
Pas de quartier, donc. Pour ces premiers textes, Anne-Claire Decorvet a choisi de trancher dans les chairs, de remuer les remugles, de se jouer cruellement de ses personnages, d’explorer les recoins les moins ragoûtants de l’univers humain. Le vomi se mêle aux larmes, au sperme et au sang sous sa plume incisive.
L’auteure puise sa matière directement dans les faits divers ou les faits de société inquiétants qui flottent autour de nous: enfants congelés, assistants sexuels, vidéosurveillance, addictions, dédoublements de la personnalité, famille perverse, jalousie, inceste, avortement: «Ça pue l’éther, ça sent la mort au fond du couloir blanc. Voie sans issue, sortie barrée. Silence.»
Ses intrigues distillent leur poison l’air de rien. Habillées de vernis lisse, ces histoires ne laissent entrevoir que peu à peu, ou tout à coup, l’horreur. Ou alors, elles choisissent d’empiler les drames jusqu’à l’écœurement ajoutant, par exemple, aux tourments d’une jeune fille qui vient d’avorter, le mutisme familial, la dispute des parents, l’attrait trouble du père pour les filles de son âge, le tout couronné par l’indifférence et le mépris général. Anne-Claire Decorvet ne fait pas dans la dentelle, en rajoute: meurtre inconscient, vengeance sourde, l’effroi rôde dans ses phrases claires, bien envoyées.
On aurait tort de se reposer dans les petites fenêtres poétiques que l’auteure entrouvre parfois – «son rire comme un grelot, elle s’ébroue tandis que de son manteau mouillé fusent les grêlons qui roulent à terre avec un bruit de billes». Car le pire est toujours à venir.
Prix Georges-Nicole
Le plus acide
Des fous en nouvelles
Avant d’être fous, ils sont seuls, les personnages d’Anne-Claire Decorvet. Prisonniers fatals de leur délire. L’une tue, l’autre mange, la troisième ne jette rien, la quatrième se prend pour un aspirateur. En tout, il y en a neuf. Perdus pour les autres. Mais pas pour leur créatrice littéraire qui se glisse avec une habileté déconcertante dans leur cerveau en déroute. Son écriture précise et rythmée traque les détails, monte la sauce jusqu’au final. Peu d’espoirs dans cette galerie de destins saccagés ou saccageurs. À part le petit Léo qui aimerait tant consoler Sophie, sa sœur de seize ans qu’un avortement a rendue muette. Car il y a aussi dans ce recueil de «purs» désespérés, fruits d’une famille destructrice. La perfection de ces textes a valu à leur auteure le prix Georges-Nicole 2010. Une perfection, pourtant, qui ne parvient pas à nous rendre ces fous touchants.
Prix Georges-Nicole
Le plus acide
Des fous en nouvelles
Avant d’être fous, ils sont seuls, les personnages d’Anne-Claire Decorvet. Prisonniers fatals de leur délire. L’une tue, l’autre mange, la troisième ne jette rien, la quatrième se prend pour un aspirateur. En tout, il y en a neuf. Perdus pour les autres. Mais pas pour leur créatrice littéraire qui se glisse avec une habileté déconcertante dans leur cerveau en déroute. Son écriture précise et rythmée traque les détails, monte la sauce jusqu’au final. Peu d’espoirs dans cette galerie de destins saccagés ou saccageurs. À part le petit Léo qui aimerait tant consoler Sophie, sa sœur de seize ans qu’un avortement a rendue muette. Car il y a aussi dans ce recueil de «purs» désespérés, fruits d’une famille destructrice. La perfection de ces textes a valu à leur auteure le prix Georges-Nicole 2010. Une perfection, pourtant, qui ne parvient pas à nous rendre ces fous touchants.
Prix Georges-Nicole
En habit de folie
L’écriture d’Anne-Claire Decorvet est un scalpel qui, d’une incision nette, met à jour nos pulsions viscérales, ce tout ce qui grouille et rampe au profond de nos ventres d’apparence lisses. Sous la lame tranchante des mots, voilà que surgissent des flots de mal-être, de cris enkystés, libérés soudainement d’une pression morbide hors de nos cœurs de victimes. À petites touches impressionnistes, ces nouvelles touchent l’âme, c’est une évidence qui a gratifié ce premier recueil de l’enseignante genevoise du prix Georges-Nicole 2010. Écartelés entre le chaos et le perfectionnisme, les névrosés d’Anne-Claire Decorvet apparaissent comme des poupées russes: «Ces créatures qui nous ressemblent car elle s’emboîtent et se font écran l’une à l’autre, un enchaînement mystérieux de masques et d’impostures. En grattant sous la surface, on s’interroge: et si le visage en dessous se révélait celui du monstre? Ou pire encore, si la dernière poupée ne débouchait que sur le vide?» Une question laissée en suspens qui, nous l’espérons, motivera l’auteure à continuer d’explorer avec talent les vides frémissants de nos profondeurs.
Prix Georges-Nicole
En habit de folie
L’écriture d’Anne-Claire Decorvet est un scalpel qui, d’une incision nette, met à jour nos pulsions viscérales, ce tout ce qui grouille et rampe au profond de nos ventres d’apparence lisses. Sous la lame tranchante des mots, voilà que surgissent des flots de mal-être, de cris enkystés, libérés soudainement d’une pression morbide hors de nos cœurs de victimes. À petites touches impressionnistes, ces nouvelles touchent l’âme, c’est une évidence qui a gratifié ce premier recueil de l’enseignante genevoise du prix Georges-Nicole 2010. Écartelés entre le chaos et le perfectionnisme, les névrosés d’Anne-Claire Decorvet apparaissent comme des poupées russes: «Ces créatures qui nous ressemblent car elle s’emboîtent et se font écran l’une à l’autre, un enchaînement mystérieux de masques et d’impostures. En grattant sous la surface, on s’interroge: et si le visage en dessous se révélait celui du monstre? Ou pire encore, si la dernière poupée ne débouchait que sur le vide?» Une question laissée en suspens qui, nous l’espérons, motivera l’auteure à continuer d’explorer avec talent les vides frémissants de nos profondeurs.
En habit de folie
Enseignante de français à Genève, Anne-Claire Decorvet a reçu le Prix Georges-Nicole 2010 pour En habit de folie . La majorité des textes constituant ce recueil de nouvelles s’appuie sur des faits divers ayant largement défrayé la chronique, qu’il s’agisse des déséquilibres mentaux engendrés par un travail de vidéosurveillance ou de ces nouveau-nés placés par leur mère dans un congélateur. L’auteure transforme avec distance et légèreté la matière originelle de ses textes, réussissant très vite à captiver son lecteur. La qualité de ces nouvelles tient beaucoup à la subtilité des enchaînements, ainsi qu’à la brutalité des désordres qu’ils révèlent. Anne-Claire Decorvet délaisse tout effet de sensationnalisme pour décrire avec sensibilité la manière dont ses personnages basculent presque imperceptiblement dans la folie. Grâce à une construction rigoureuse de ses textes et à son écriture très maîtrisée, l’auteure parvient ainsi à rendre palpable l’espace ténu existant entre équilibre et déraison.
En habit de folie
Enseignante de français à Genève, Anne-Claire Decorvet a reçu le Prix Georges-Nicole 2010 pour En habit de folie . La majorité des textes constituant ce recueil de nouvelles s’appuie sur des faits divers ayant largement défrayé la chronique, qu’il s’agisse des déséquilibres mentaux engendrés par un travail de vidéosurveillance ou de ces nouveau-nés placés par leur mère dans un congélateur. L’auteure transforme avec distance et légèreté la matière originelle de ses textes, réussissant très vite à captiver son lecteur. La qualité de ces nouvelles tient beaucoup à la subtilité des enchaînements, ainsi qu’à la brutalité des désordres qu’ils révèlent. Anne-Claire Decorvet délaisse tout effet de sensationnalisme pour décrire avec sensibilité la manière dont ses personnages basculent presque imperceptiblement dans la folie. Grâce à une construction rigoureuse de ses textes et à son écriture très maîtrisée, l’auteure parvient ainsi à rendre palpable l’espace ténu existant entre équilibre et déraison.