Le goût des choses les plus humbles, l’odeur des herbes et des rosées, la couleur de l’eau, de l’aube, de la nuit, qui les connaît mieux que C.-F. Landry? La nature entìère nous entre par les narines, par les yeux, par les oreilles par tous les pores de la peau. Ce solitaire, cet Henri Froment, traqué comme une proie par la société tout entière, c'est l’homme primitif, ayant fait alliance avec les bois, les rivières, les renards, la vie. Un solitaire, oui, mais affamé de tendresse, ayant besoin des autres et quêtant auprès d’eux un peu de bonheur.
L’Affaire Henri Froment
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Revue de presse5
Le goût des choses les plus humbles, l’odeur des herbes et des rosées, la couleur de l’eau, de l’aube, de la nuit, qui les connaît mieux que C.-F. Landry? La nature entìère nous entre par les narines, par les yeux, par les oreilles par tous les pores de la peau. Ce solitaire, cet Henri Froment, traqué comme une proie par la société tout entière, c'est l’homme primitif, ayant fait alliance avec les bois, les rivières, les renards, la vie. Un solitaire, oui, mais affamé de tendresse, ayant besoin des autres et quêtant auprès d’eux un peu de bonheur.
L’enfant Henri Froment n’a pas eu de chance. Il est resté immobile d’admiration devant la beauté des flammes qui dévoraient une ferme et plus grave encore, il a croisé et reconnu Monsieur Armand, l’incendiaire. Mais Monsieur Armand, qui était un personnage, nia et l’enfant avait une boîte d’allumettes vide sur lui, donc c’est lui qui fut accusé. Pas puni mais mis au ban de la bonne société, dont pauvre, il ne pouvait de toute façon pas faire partie.
Et toute sa vie en fut changée, jouant d’une malchance savamment orchestrée par l’homme arrivé, à qui il restait comme une menace dans sa réussite, cet enfant qui savait et qui refusait de se laisser séduire. Cela nous vaut une description féroce de la bêtise, de la lâcheté de tous ces gens qu’un titre impressionne et qui choisissent de se taire ou d’approuver.
L’histoire, comme sa conclusion, touche aux grands thèmes de la fatalité et de l’injustice. Mais la société, c’est la nôtre aussi, n’en sort par grandie.
L’enfant Henri Froment n’a pas eu de chance. Il est resté immobile d’admiration devant la beauté des flammes qui dévoraient une ferme et plus grave encore, il a croisé et reconnu Monsieur Armand, l’incendiaire. Mais Monsieur Armand, qui était un personnage, nia et l’enfant avait une boîte d’allumettes vide sur lui, donc c’est lui qui fut accusé. Pas puni mais mis au ban de la bonne société, dont pauvre, il ne pouvait de toute façon pas faire partie.
Et toute sa vie en fut changée, jouant d’une malchance savamment orchestrée par l’homme arrivé, à qui il restait comme une menace dans sa réussite, cet enfant qui savait et qui refusait de se laisser séduire. Cela nous vaut une description féroce de la bêtise, de la lâcheté de tous ces gens qu’un titre impressionne et qui choisissent de se taire ou d’approuver.
L’histoire, comme sa conclusion, touche aux grands thèmes de la fatalité et de l’injustice. Mais la société, c’est la nôtre aussi, n’en sort par grandie.
Une Affaire de crime et de faux coupables, écrite par un Romand qui obtient quelques voix au Goncourt, n’est pas forcément ce que l’on pense! Celle-ci remonte aux années 1930 ou 1940, dans une campagne vaudoise conservatrice où le «président», maire révéré d’une bourgade où il fait la pluie et le beau temps, compte plus que la justice, l’honnêteté, le travail ou la vérité: Riquet, avec son nom qui fleure bon le pain et la moisson, en paiera le prix toute sa vie, en bouc émissaire d’une communauté hypocrite et lâche. Roman peu connu d’un auteur un peu oublié, L’Affaire Henri Froment se révèle pourtant à la hauteur d’un Ramuz mâtiné de Giono, la révolte en plus: à redécouvrir d’urgence!
Une Affaire de crime et de faux coupables, écrite par un Romand qui obtient quelques voix au Goncourt, n’est pas forcément ce que l’on pense! Celle-ci remonte aux années 1930 ou 1940, dans une campagne vaudoise conservatrice où le «président», maire révéré d’une bourgade où il fait la pluie et le beau temps, compte plus que la justice, l’honnêteté, le travail ou la vérité: Riquet, avec son nom qui fleure bon le pain et la moisson, en paiera le prix toute sa vie, en bouc émissaire d’une communauté hypocrite et lâche. Roman peu connu d’un auteur un peu oublié, L’Affaire Henri Froment se révèle pourtant à la hauteur d’un Ramuz mâtiné de Giono, la révolte en plus: à redécouvrir d’urgence!
Et puis du Pakistan au Midi de la France, il n’y a qu’un pas… Un pas qu’on va franchir maintenant pour faire ce saut tant dans l’espace que dans le temps puisque vous ouvrez pour nous, Geneviève, le livre d’un auteur suisse romand du siècle dernier, il s’agit de C.-F. Landry…
Oui, pour Charles-François et pas Charles Ferdinand, comme Ramuz, il est peu connu, finalement, C.-F. Landry, et pourtant son site vous signale qu’il est l’un des rares à avoir vécu de sa plume, avec plus de soixante-cinq romans, des essais historiques, des grands reportages, des pièces de théâtre, des livres pour la jeunesse et des recueils de poèmes à son actif. Il a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix C. F. Ramuz précisément, et le Prix Gilson pour un oratorio composé pour la radio.
Et c’est vrai qu’on a eu l’occasion d’entendre un peu du parcours de cet écrivain qu’on ne trouve presque plus en librairie. C’était il y a environ une quinzaine de jours, grâce à son fils, qui était au micro de Pierre-Philippe Cadert, dans «Vertigo». Et il faut savoir aussi qu’un de ses romans vient d’être réédité chez Campiche…
Oui, c’est L’Affaire Henri Froment , une histoire de malheurs, de magouilles et d’injustice qui fait écho à celle dont on vient de parler, même si elle a été publiée cinquante ans avant, c’était en 1963, alors que Mohamed Hanif, dont on parlait il y a un instant, n’était même pas né… Mais il y a un lien entre ces deux livres, c’est la fatalité, avec un grand «F», cet enchaînement inexorable depuis la naissance, de la condition sociale, de l’incapacité à se défendre et du système «mafieux», je crois que le terme n’est pas trop fort, qui permet aux notables de veiller à ce que rien n’entâche durablement leur réputation. Mais là s’arrête évidemment les similitudes entre les deux romans parce que l’histoire que raconte Landry est celle d’un gamin accusé à tort et qui, quoi qu’il fasse, restera à jamais un suspect…
Est-ce qu’on pourrait quand même en savoir un peu plus?
Alors, le petit Riquet a huit ans quand il est trouvé sur les lieux d’une ferme qui a brûlé, et parce qu’il est comme sonné, un peu hypnotisé, et qu’il a sur lui une boîte d’allumettes dans laquelle il avait mis un grillon, on en déduit que c’est lui l’incendiaire… Vous me direz qu’il ne risque pas de poursuites, puisqu’il est mineur, mais il a eu le tort de dénoncer un «Monsieur», qui va devenir le président de commune et qui n’aura de cesse de faire semblant de lui pardonner pour soigner sa propre image et pour insinuer que le gamin est vraiment une mauvaise graine. Le reste, c’est le combat de David contre Goliath, mais la fin n’est pas celle que raconte la Bible…
Ouais, en gros ça finit mal, hein… Mais vous n’allez pas nous en dire plus…
Absolument pas, d’autant que l’essentiel n’est pas là… Il est dans la manière très alerte, visuelle, charnelle aussi, et presque policière dont l’histoire nous est racontée, par les descriptions de la nature mais aussi par les expressions familières, les dialogues et les différents points de vue, on est à la fois chez Marcel Aymé, chez Maupassant et chez Vautrin. On comprend mieux pourquoi Landry a reçu tant de distinctions littéraires et on se réjouit d’avoir fait, ou refait c’est selon, sa connaissance…
Et puis du Pakistan au Midi de la France, il n’y a qu’un pas… Un pas qu’on va franchir maintenant pour faire ce saut tant dans l’espace que dans le temps puisque vous ouvrez pour nous, Geneviève, le livre d’un auteur suisse romand du siècle dernier, il s’agit de C.-F. Landry…
Oui, pour Charles-François et pas Charles Ferdinand, comme Ramuz, il est peu connu, finalement, C.-F. Landry, et pourtant son site vous signale qu’il est l’un des rares à avoir vécu de sa plume, avec plus de soixante-cinq romans, des essais historiques, des grands reportages, des pièces de théâtre, des livres pour la jeunesse et des recueils de poèmes à son actif. Il a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix C. F. Ramuz précisément, et le Prix Gilson pour un oratorio composé pour la radio.
Et c’est vrai qu’on a eu l’occasion d’entendre un peu du parcours de cet écrivain qu’on ne trouve presque plus en librairie. C’était il y a environ une quinzaine de jours, grâce à son fils, qui était au micro de Pierre-Philippe Cadert, dans «Vertigo». Et il faut savoir aussi qu’un de ses romans vient d’être réédité chez Campiche…
Oui, c’est L’Affaire Henri Froment , une histoire de malheurs, de magouilles et d’injustice qui fait écho à celle dont on vient de parler, même si elle a été publiée cinquante ans avant, c’était en 1963, alors que Mohamed Hanif, dont on parlait il y a un instant, n’était même pas né… Mais il y a un lien entre ces deux livres, c’est la fatalité, avec un grand «F», cet enchaînement inexorable depuis la naissance, de la condition sociale, de l’incapacité à se défendre et du système «mafieux», je crois que le terme n’est pas trop fort, qui permet aux notables de veiller à ce que rien n’entâche durablement leur réputation. Mais là s’arrête évidemment les similitudes entre les deux romans parce que l’histoire que raconte Landry est celle d’un gamin accusé à tort et qui, quoi qu’il fasse, restera à jamais un suspect…
Est-ce qu’on pourrait quand même en savoir un peu plus?
Alors, le petit Riquet a huit ans quand il est trouvé sur les lieux d’une ferme qui a brûlé, et parce qu’il est comme sonné, un peu hypnotisé, et qu’il a sur lui une boîte d’allumettes dans laquelle il avait mis un grillon, on en déduit que c’est lui l’incendiaire… Vous me direz qu’il ne risque pas de poursuites, puisqu’il est mineur, mais il a eu le tort de dénoncer un «Monsieur», qui va devenir le président de commune et qui n’aura de cesse de faire semblant de lui pardonner pour soigner sa propre image et pour insinuer que le gamin est vraiment une mauvaise graine. Le reste, c’est le combat de David contre Goliath, mais la fin n’est pas celle que raconte la Bible…
Ouais, en gros ça finit mal, hein… Mais vous n’allez pas nous en dire plus…
Absolument pas, d’autant que l’essentiel n’est pas là… Il est dans la manière très alerte, visuelle, charnelle aussi, et presque policière dont l’histoire nous est racontée, par les descriptions de la nature mais aussi par les expressions familières, les dialogues et les différents points de vue, on est à la fois chez Marcel Aymé, chez Maupassant et chez Vautrin. On comprend mieux pourquoi Landry a reçu tant de distinctions littéraires et on se réjouit d’avoir fait, ou refait c’est selon, sa connaissance…
Né à Lausanne en 1909 et décédé à Vevey en 1973, Charles-François Landry serait-il en train de sortir du purgatoire où on l’avait relégué après sa mort? De son vivant, ce ne sont pas les distinctions qui ont manqué (Prix Schiller à trois reprises, Prix de la Guilde du Livre, Prix Veillon, Grand Prix C.-F. Ramuz etc.). Ce qui, paradoxalement, explique peut-être l’oubli: Landry était considéré comme trop «populaire» pour être pris au sérieux. En outre, comparé à l’autre C.-F. — celui qui est dans La Pléiade —, on trouvait qu’il ne faisait pas le poids.
Il faut donc se réjouir de la récente sortie en collection de poche d’un de ses romans, L’Affaire Henri Froment . L’intrigue en est assez simple sans toutefois être simpliste, et touche profondément ce qu’il y a de plus noble en nous: la révolte contre l’injustice. Un jeune garçon est accusé à tort d’avoir incendié une ferme. Or il a vu le pyromane en pleine action, par conséquent sait qui est le coupable: un notable du village au-dessus de tout soupçon. Ce sera donc la parole du garçon contre celle de l’adulte. Inutile de dire que c’est le garçon qui tire la courte paille, et que cette injustice originelle bouleversera toute sa vie ultérieure.
Mais ce livre est beaucoup plus qu’une simple histoire. Paru pour la première fois en 1963, soit en plein Âge d’Or du Nouveau Roman, il en utilise les techniques avec maestria, notamment les jeux sur la narration et la temporalité. Alors qu’aujourd’hui, au XXIe siècle, tant d’écrivains font encore preuve d’une grande naïveté narrative, Landry n’hésite pas à se profiler dans l’avant-garde. Et ceci sans que jamais que le roman ne soit abscons : on se passionne pour la destinée du pauvre Riquet tout en savourant les audaces littéraires de l’auteur.
Signalons en outre les nombreuses pointes contre l’ordre établi (en 1963!), notamment une superbe caricature du psychologue qui explique et comprend le geste du garçon sans même chercher à savoir s’il l’a vraiment commis. Et il y a ce terrible rapport entre le bourreau (le pyromane) et sa victime (Henri), puisque tous deux connaissent la vérité. Le coupable sait qu’Henri sait, Henri sait que le coupable sait qu’il sait, ce qui engendre des interactions terribles d’une macabre subtilité.
Le Nouveau Roman prônait le passage de l’écriture d’une aventure à l’aventure d’une écriture. Ici, on a les deux en même temps. Du grand art!
Né à Lausanne en 1909 et décédé à Vevey en 1973, Charles-François Landry serait-il en train de sortir du purgatoire où on l’avait relégué après sa mort? De son vivant, ce ne sont pas les distinctions qui ont manqué (Prix Schiller à trois reprises, Prix de la Guilde du Livre, Prix Veillon, Grand Prix C.-F. Ramuz etc.). Ce qui, paradoxalement, explique peut-être l’oubli: Landry était considéré comme trop «populaire» pour être pris au sérieux. En outre, comparé à l’autre C.-F. — celui qui est dans La Pléiade —, on trouvait qu’il ne faisait pas le poids.
Il faut donc se réjouir de la récente sortie en collection de poche d’un de ses romans, L’Affaire Henri Froment . L’intrigue en est assez simple sans toutefois être simpliste, et touche profondément ce qu’il y a de plus noble en nous: la révolte contre l’injustice. Un jeune garçon est accusé à tort d’avoir incendié une ferme. Or il a vu le pyromane en pleine action, par conséquent sait qui est le coupable: un notable du village au-dessus de tout soupçon. Ce sera donc la parole du garçon contre celle de l’adulte. Inutile de dire que c’est le garçon qui tire la courte paille, et que cette injustice originelle bouleversera toute sa vie ultérieure.
Mais ce livre est beaucoup plus qu’une simple histoire. Paru pour la première fois en 1963, soit en plein Âge d’Or du Nouveau Roman, il en utilise les techniques avec maestria, notamment les jeux sur la narration et la temporalité. Alors qu’aujourd’hui, au XXIe siècle, tant d’écrivains font encore preuve d’une grande naïveté narrative, Landry n’hésite pas à se profiler dans l’avant-garde. Et ceci sans que jamais que le roman ne soit abscons : on se passionne pour la destinée du pauvre Riquet tout en savourant les audaces littéraires de l’auteur.
Signalons en outre les nombreuses pointes contre l’ordre établi (en 1963!), notamment une superbe caricature du psychologue qui explique et comprend le geste du garçon sans même chercher à savoir s’il l’a vraiment commis. Et il y a ce terrible rapport entre le bourreau (le pyromane) et sa victime (Henri), puisque tous deux connaissent la vérité. Le coupable sait qu’Henri sait, Henri sait que le coupable sait qu’il sait, ce qui engendre des interactions terribles d’une macabre subtilité.
Le Nouveau Roman prônait le passage de l’écriture d’une aventure à l’aventure d’une écriture. Ici, on a les deux en même temps. Du grand art!