Benjamin Knobil signe le texte et la mise en scène de cette création au Pulloff.
Benjamin Knobil a des racines multiples: une mère née à Oran, désormais établie à Los Angeles, et un père né à Berlin, mécano d’avions américains pendant la guerre de Corée. Son enfance s’est déroulée entre Londres, Bruxelles et Paris. Il faut une mappemonde et beaucoup de patience pour suivre l’arbre généalogique de cette famille, dont l’une des dernières branches, celle de Benjamin, a déjà de belles feuilles en terreau lausannois: une compagne et deux filles, mais aussi une compagnie intitulée Nonante-Trois. Tous ces ingrédients en apparence géographiques nourrissent en permanence son art. En évoquant son prochain spectacle, Boulettes , le polyglotte Benjamin Knobil sourit en pensant à son côté juif new-yorkais et se réjouit d’entremêler à nouveau différentes cultures. En se remémorant ses précédentes créations, il se dit heureux et même fier d’avoir pu créer des liens entre les sociétés civiles.
Dans le grand zoo de la vie, l’animal humain est source inépuisable d’inspiration pour Benjamin Knobil. Il s’y promène avec des yeux d’enfant espiègle, ouvrant toutes les cages, curieux de découvrir ce qui se passe après, quand ces mêmes bestioles sont lâchées dans la nature. Elles ne sont pas toujours aimables ou altruistes. Elles seraient même parfois féroces, se bouffant entre elles. «Dans mes spectacles, il y a souvent quelqu’un qui se fait écrabouiller à la fin par un autre individu ou par la société.»
Comédien et metteur en scène longtemps errant, Benjamin Knobil a reçu un contrat de confiance de trois ans du canton de Vaud. Une juste reconnaissance. Le début d’un nouveau cycle, en réalité, pour mettre en pratique ses désirs et ses convictions, que ce soit dans le cadre de spectacles pour adultes ou jeune public. Il mettra ainsi en scène au printemps prochain L’Enfant et les Sortilèges , de Maurice Ravel, dans le cadre de la saison de l’Opéra de Lausanne.
En attendant, voici Boulettes , qui voit un homme reclus chez lui, obsédé par sa mère. Celle-ci lui envoie chaque jour par colis trente boulettes fumantes. Mais, un jour, le coursier est remplacé par une coursière, et tout change. Le goût des boulettes, par exemple. Le goût de la vie également. Le théâtre de Benjamin Knobil se nourrit de saveurs multiples.
Enjeux 8
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Revue de presse4
Benjamin Knobil signe le texte et la mise en scène de cette création au Pulloff.
Benjamin Knobil a des racines multiples: une mère née à Oran, désormais établie à Los Angeles, et un père né à Berlin, mécano d’avions américains pendant la guerre de Corée. Son enfance s’est déroulée entre Londres, Bruxelles et Paris. Il faut une mappemonde et beaucoup de patience pour suivre l’arbre généalogique de cette famille, dont l’une des dernières branches, celle de Benjamin, a déjà de belles feuilles en terreau lausannois: une compagne et deux filles, mais aussi une compagnie intitulée Nonante-Trois. Tous ces ingrédients en apparence géographiques nourrissent en permanence son art. En évoquant son prochain spectacle, Boulettes , le polyglotte Benjamin Knobil sourit en pensant à son côté juif new-yorkais et se réjouit d’entremêler à nouveau différentes cultures. En se remémorant ses précédentes créations, il se dit heureux et même fier d’avoir pu créer des liens entre les sociétés civiles.
Dans le grand zoo de la vie, l’animal humain est source inépuisable d’inspiration pour Benjamin Knobil. Il s’y promène avec des yeux d’enfant espiègle, ouvrant toutes les cages, curieux de découvrir ce qui se passe après, quand ces mêmes bestioles sont lâchées dans la nature. Elles ne sont pas toujours aimables ou altruistes. Elles seraient même parfois féroces, se bouffant entre elles. «Dans mes spectacles, il y a souvent quelqu’un qui se fait écrabouiller à la fin par un autre individu ou par la société.»
Comédien et metteur en scène longtemps errant, Benjamin Knobil a reçu un contrat de confiance de trois ans du canton de Vaud. Une juste reconnaissance. Le début d’un nouveau cycle, en réalité, pour mettre en pratique ses désirs et ses convictions, que ce soit dans le cadre de spectacles pour adultes ou jeune public. Il mettra ainsi en scène au printemps prochain L’Enfant et les Sortilèges , de Maurice Ravel, dans le cadre de la saison de l’Opéra de Lausanne.
En attendant, voici Boulettes , qui voit un homme reclus chez lui, obsédé par sa mère. Celle-ci lui envoie chaque jour par colis trente boulettes fumantes. Mais, un jour, le coursier est remplacé par une coursière, et tout change. Le goût des boulettes, par exemple. Le goût de la vie également. Le théâtre de Benjamin Knobil se nourrit de saveurs multiples.
Boulettes de Benjamin Knobil, auteur et metteur en scène
Cela faisait maintenant plusieurs heures que j’étais assis dans cette grande salle et faisais face à ces mises en lecture. Je m’étais amusé quelques fois, j’avais dodeliné de la tête comme pour marquer mon intérêt à certains passages, je m’étais longuement agacé devant un texte jusqu’à sortir en plein milieu. Et puis, Boulettes arriva.
C’était la quatrième lecture. Autant vous dire qu’il me fallut bien quelques minutes pour prendre la mesure de ce que j’étais en train d’entendre. Le fait est que le vertige des mots s’empara de moi. Etait-ce la tête, car la langue résonnait si juste que j’avais le sentiment que toute langue entendue auparavant était fausse? Ou était-ce le cœur, car je me retrouvais plongé dans un dilemme œdipien à la fois cocasse et pathétique qui ne pouvait laisser indifférent le fils unique que je suis? Je ne saurais dire, mais bien vite, c’est tout mon être de chair et d’esprit qui bascula.
Oui, j’ai basculé. Je suis tombé dans Boulettes . L’heure qui suivit restera parmi les expériences les plus intenses de ma vie de spectateur. Le texte de Benjamin Knobil m’envoûta, j’ai souffert avec son narrateur, j’ai respiré avec lui, chaque recoin de son délire m’ouvrait une porte sur un imaginaire puissant, à la fois épique et terriblement prosaïque. C’était une spirale, un tourbillon de paroles débitées à un rythme hallucinant où pourtant tout me semblait en parfait équilibre. C’est cela: excessif et équilibré.
Je me souviens avoir tenté de prendre de la distance. Avoir cherché à raisonner. Il me paraissait impossible de découvrir dans ce contexte une pièce aussi parfaite dans sa structure, aussi originale dans son style et aussi virtuose dans sa langue. Ma bouche restait bée tableau après tableau. Quelque chose était en train de se passer. Quelque chose sur scène, c’est certain, mais aussi dans la salle: nous étions tous en apnée.
Il me fallait comprendre. Pourquoi cette histoire de vieux garçon qui se fait livrer quarante boulettes de viande de sa vieille mère tous les jours par une fille au sourire éclatant me semblait relever du chef-d’œuvre? Je me souviens distinctement que je compris vers les deux tiers ce qui rendait cette écriture unique et désormais incontournable à mes yeux: chaque réplique était à la fois d’une complexité étonnante et en même temps d’une limpidité cristalline. Chaque réplique était inattendue et pourtant complètement cohérente. Derrière chaque phrase, il y avait une image. Plus le récit s’agitait, plus la mosaïque des émotions se composait. Et plus celle-ci était déjantée, plus – paradoxalement – elle faisait sens. A tel point que Freud et la physique quantique se mariaient comme s’ils appartenaient à la même vision du monde, elle-même improbable et pourtant terriblement logique. Dès lors, il me parut naturel que chaque mot ait trouvé sa place. Le récit avait beau culminer dans une crise hilarante, tout sonnait à mes oreilles comme une parfaite harmonie…
Je suis ressorti de Boulettes sonné et électrisé. Je venais de vivre et d’entendre une œuvre unique. Je pleurais déjà mes futurs contradicteurs, je me sentais devenir intolérant devant les sceptiques. Et déjà ma démarche était différente: j’avais la colonne vertébrale artistique plus droite qu’en y entrant…
Boulettes de Benjamin Knobil, auteur et metteur en scène
Cela faisait maintenant plusieurs heures que j’étais assis dans cette grande salle et faisais face à ces mises en lecture. Je m’étais amusé quelques fois, j’avais dodeliné de la tête comme pour marquer mon intérêt à certains passages, je m’étais longuement agacé devant un texte jusqu’à sortir en plein milieu. Et puis, Boulettes arriva.
C’était la quatrième lecture. Autant vous dire qu’il me fallut bien quelques minutes pour prendre la mesure de ce que j’étais en train d’entendre. Le fait est que le vertige des mots s’empara de moi. Etait-ce la tête, car la langue résonnait si juste que j’avais le sentiment que toute langue entendue auparavant était fausse? Ou était-ce le cœur, car je me retrouvais plongé dans un dilemme œdipien à la fois cocasse et pathétique qui ne pouvait laisser indifférent le fils unique que je suis? Je ne saurais dire, mais bien vite, c’est tout mon être de chair et d’esprit qui bascula.
Oui, j’ai basculé. Je suis tombé dans Boulettes . L’heure qui suivit restera parmi les expériences les plus intenses de ma vie de spectateur. Le texte de Benjamin Knobil m’envoûta, j’ai souffert avec son narrateur, j’ai respiré avec lui, chaque recoin de son délire m’ouvrait une porte sur un imaginaire puissant, à la fois épique et terriblement prosaïque. C’était une spirale, un tourbillon de paroles débitées à un rythme hallucinant où pourtant tout me semblait en parfait équilibre. C’est cela: excessif et équilibré.
Je me souviens avoir tenté de prendre de la distance. Avoir cherché à raisonner. Il me paraissait impossible de découvrir dans ce contexte une pièce aussi parfaite dans sa structure, aussi originale dans son style et aussi virtuose dans sa langue. Ma bouche restait bée tableau après tableau. Quelque chose était en train de se passer. Quelque chose sur scène, c’est certain, mais aussi dans la salle: nous étions tous en apnée.
Il me fallait comprendre. Pourquoi cette histoire de vieux garçon qui se fait livrer quarante boulettes de viande de sa vieille mère tous les jours par une fille au sourire éclatant me semblait relever du chef-d’œuvre? Je me souviens distinctement que je compris vers les deux tiers ce qui rendait cette écriture unique et désormais incontournable à mes yeux: chaque réplique était à la fois d’une complexité étonnante et en même temps d’une limpidité cristalline. Chaque réplique était inattendue et pourtant complètement cohérente. Derrière chaque phrase, il y avait une image. Plus le récit s’agitait, plus la mosaïque des émotions se composait. Et plus celle-ci était déjantée, plus – paradoxalement – elle faisait sens. A tel point que Freud et la physique quantique se mariaient comme s’ils appartenaient à la même vision du monde, elle-même improbable et pourtant terriblement logique. Dès lors, il me parut naturel que chaque mot ait trouvé sa place. Le récit avait beau culminer dans une crise hilarante, tout sonnait à mes oreilles comme une parfaite harmonie…
Je suis ressorti de Boulettes sonné et électrisé. Je venais de vivre et d’entendre une œuvre unique. Je pleurais déjà mes futurs contradicteurs, je me sentais devenir intolérant devant les sceptiques. Et déjà ma démarche était différente: j’avais la colonne vertébrale artistique plus droite qu’en y entrant…
Des « Boulettes» à croquer
Benjamin Knobil monte son propre texte, Boulettes , au Pulloff à Lausanne. Critique.
Le texte de Benjamin Knobil (42 ans), Boulettes n’a pas été lauréat pour rien du concours Textes en scène organisé en 2008 par la Société suisse des auteurs. Insolite, bien structuré, percutant, il confirme l’univers singulier et l’humour mordant de cet auteur et metteur en scène franco-américain établi depuis dix ans à Lausanne.
Pour tout décor, une pièce d’un appartement dans la pénombre. Un homme (Romain Lagarde) y habite, reclus, scotché à son bureau, devant son ordinateur. Il vit de ses traductions d’articles de physique quantique. Il survit plutôt, obsédé par sa mère, qui lui envoie chaque jour, via un coursier (Lionel Frésard), trente boulettes de viande bien fumantes. Tout bascule quand une coursière (Sandrine Girard) remplace le coursier. La jolie gazelle va tenter d’amadouer cet ours mal léché.
L’univers gastro-philosophique de cette pièce est mâtiné d’absurde, comme dans bon nombre de spectacles de Benjamin Knobil. Il y a un ton original, une façon légère de moduler les registres tout en gardant la même tension dramatique. Le mérite en revient aussi pour une bonne part aux trois comédiens, dotés d’une présence scénique à toute épreuve.
Des « Boulettes» à croquer
Benjamin Knobil monte son propre texte, Boulettes , au Pulloff à Lausanne. Critique.
Le texte de Benjamin Knobil (42 ans), Boulettes n’a pas été lauréat pour rien du concours Textes en scène organisé en 2008 par la Société suisse des auteurs. Insolite, bien structuré, percutant, il confirme l’univers singulier et l’humour mordant de cet auteur et metteur en scène franco-américain établi depuis dix ans à Lausanne.
Pour tout décor, une pièce d’un appartement dans la pénombre. Un homme (Romain Lagarde) y habite, reclus, scotché à son bureau, devant son ordinateur. Il vit de ses traductions d’articles de physique quantique. Il survit plutôt, obsédé par sa mère, qui lui envoie chaque jour, via un coursier (Lionel Frésard), trente boulettes de viande bien fumantes. Tout bascule quand une coursière (Sandrine Girard) remplace le coursier. La jolie gazelle va tenter d’amadouer cet ours mal léché.
L’univers gastro-philosophique de cette pièce est mâtiné d’absurde, comme dans bon nombre de spectacles de Benjamin Knobil. Il y a un ton original, une façon légère de moduler les registres tout en gardant la même tension dramatique. Le mérite en revient aussi pour une bonne part aux trois comédiens, dotés d’une présence scénique à toute épreuve.
Enjeux 8.
Enjeux 8.
Les mots se bousculent, se perdent et se mélangent et un Taureau versatile cherche le drame qu’il a perdu. Bizarre aussi la fable des Boulettes qui conditionne l’existence d’un homme enfermé avec son ombre. Dans Le Quatre-Mains , un jeu morbide utilise fantasmes et rêves pour satisfaire l’envie de jouissance. Seule la pièce À découvert conte une solide animosité bien ancrée dans la vie réelle, où toute une famille se déchire pour une raison tellement ordinaire: l’argent.
Enjeux 8.
Enjeux 8.
Les mots se bousculent, se perdent et se mélangent et un Taureau versatile cherche le drame qu’il a perdu. Bizarre aussi la fable des Boulettes qui conditionne l’existence d’un homme enfermé avec son ombre. Dans Le Quatre-Mains , un jeu morbide utilise fantasmes et rêves pour satisfaire l’envie de jouissance. Seule la pièce À découvert conte une solide animosité bien ancrée dans la vie réelle, où toute une famille se déchire pour une raison tellement ordinaire: l’argent.